La bible, parole de Dieu – extrait séance 1

1. Les fondamentaux de la bible

 

Sybille : Bonjour Sophie, vous êtes directrice de l’Institut des sciences Bibliques à l’Institut Catholique de Paris, avec vous nous allons tout apprendre sur la bible, et d’abord qui a écrit la bible ?  

  

Sophie : La bible, c’est une bibliothèque, le recueil de 73 livres ! À gros traits, elle est le résultat d’un long processus d’écriture, qui s’échelonne sur environ un millénaire pour l’Ancien Testament (grosso modo de 1100 à 50 avant notre ère), et sur un petit siècle pour le Nouveau Testament (de 40 à 125 environ de notre ère). Les textes qui la composent ont été rédigés dans des circonstances variées et on peut dire qu’ils répondaient aux besoins de communautés croyantes, qu’il s’agisse d’Israël ou de l’Église naissante. Quant à la question de savoir qui a écrit ces textes… c’est une question compliquée ! Dans les textes bibliques on rencontre essentiellement le phénomène de pseudépigraphie, c’est-à-dire le fait que ces écrits sont attribués à un personnage connu du passé. Par exemple, des livres sont placés sous le patronage de Salomon parce que dans la mémoire collective c’est le roi sage, des psaumes sont attribués à David, des lettres à Paul dont il n’est sans doute pas l’auteur… Ou encore, l’évangile de Jean et les lettres qui lui sont attribuées sont le fait d’une école et rien de permet d’identifier l’auteur de l’Apocalypse à l’évangéliste. C’est à la fin du IIe siècle qu’on a considéré que l’ensemble de ces écrits émanaient d’une seule et même main. Mais l’auteur de l’Apocalypse est, en réalité, une personnalité influente dans les milieux du christianisme d’Asie Mineure et il rédige depuis l’île de Patmos… Donc la bible c’est le produit de groupes d’intellectuels qui opèrent à des époques différentes et avec des motivations précises.  

 

Sybille : Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les époques et les lieux ?  

 

Sophie : Là aussi c’est une question complexe, surtout qu’il faut prendre en compte que les écrits bibliques sont souvent des œuvres collectives qui ont connu différentes étapes : ils ont été complétés, actualisés au gré de circonstances historiques et socio-politiques changeantes. Donc une caractéristique des textes bibliques est que, le plus souvent, ils n’ont pas été produits d’un seul trait mais résultent, au contraire, d’amplifications et d’actualisations continuelles. Il est très difficile d’identifier des écrits bibliques antérieurs au VIIIe siècle avant notre ère. Mais ce qu’on peut dire c’est que la période qui s’ouvre avec la destruction du royaume d’Israël par les Assyriens, en 722 avant notre ère, et se clôt avec la destruction de Jérusalem par les Babyloniens, en 587 avant notre ère, a été décisive pour la rédaction et l’édition des textes bibliques. Une première édition du livre du Deutéronome, du livre de Josué, des livres de Samuel et des Rois, une première histoire de Moïse, quelques oracles prophétiques (Amos, Osée) datent probablement de la période de la domination assyrienne.   

 

Sybille : Pourquoi particulièrement à cette époque ? Il y a une raison ?  

 

Sophie : C’est une période de crise. Imaginez qu’avec la domination babylonienne, Israël perd trois piliers de son organisation politique et religieuse : le Temple, la royauté et le pays. Une partie de l’élite est exilée. Il a donc fallu se reconstruire : de nombreux textes furent écrits, d’autres révisés à cette période-là. D’une certaine manière, la bible est une littérature de crise ! Quant aux premiers écrits chrétiens, ce ne furent pas les évangiles mais des lettres. La plus ancienne qui nous est parvenue est adressée aux Thessaloniciens et date de l’an 50. Son auteur est Paul de Tarse. Paul avait recours à un secrétaire, qui souvent demeure inconnu, sauf dans la lettre aux Romains, où il mentionne son nom : « Je vous salue, moi Tertius, qui ait écrit cette lettre ». Le dernier écrit du Nouveau Testament est la seconde lettre de Pierre, qui est datée de l’an 125.   

 

Sybille : Mais alors, elle n’est pas du tout de saint Pierre apôtre ?  

 

Sophie : Non mais on l’a mise sous son autorité : c’est le phénomène de pseudépigraphie !  

 

Sybille : Et quels sont les éléments qui nous permettent de savoir comment les textes ont été écrits, par qui, quand ?  

 

Sophie : Pour comprendre comment les textes ont été écrits il faut se livrer à une enquête patiente et qui croise plusieurs compétences. Il faut scruter les indices que les textes livrent : le style, la langue et son évolution (l’hébreu, l’araméen, le grec), les références culturelles ou historiques… ; essayer d’identifier les milieux producteurs de ces textes et les situer dans le contexte du Proche-Orient ancien ou du monde méditerranéen ; interroger les sources extra bibliques et comparer les textes bibliques avec d’autres écrits anciens, voire avec l’iconographie des civilisations environnantes ; on peut interroger les résultats de l’archéologie et les confronter à ceux de l’interprétation des textes… Bref, il faut faire un travail de philologie, de critique littéraire et historique…  

 

Sybille : Ah oui c’est une grande enquête très complète ! Mais, pourquoi et comment à un certain moment les textes ont été regroupés ensemble ?  

 

Sophie : La question que vous posez est celle de la formation du canon biblique, c’est-à-dire de l’ensemble des textes retenus comme faisant partie de la bible. Aucun auteur biblique n’a eu conscience d’écrire la bible et celle-ci est née de l’usage des communautés croyantes. Autrement dit, la bible est une bibliothèque de livres agréés, c’est-à-dire de livres qui ont été délibérément réunis et reçus par une communauté. Mais elle est née d’un long processus ou, pour le dire autrement, avant d’atteindre sa forme définitive, le canon est passé par plusieurs étapes. Le Pentateuque a probablement été déclaré clos entre 400 et 330 avant notre ère : avec le Pentateuque ou Torah, Israël se serait donné une sorte de « patrie portative » lui permettant de fonder sa foi, même en diaspora.   

 

Sybille : Ah oui je comprends qu’il y a vraiment un lien entre l’écriture des textes et la vie de la communauté. Et pour les autres textes ?  

 

Sophie : Le corpus des prophètes lui, a été clos dans la deuxième moitié du IIIe, par consensus plus que par décision ; les Écrits, la troisième partie de l’Ancien Testament, à la fin du premier siècle de notre ère. On peut dire que dès le milieu du IIe siècle avant notre ère apparaît la mention de trois corpus de l’Ancien Testament : Pentateuque, Prophète, Écrits.  

 

Sybille : Et pour le Nouveau Testament comment ça s’est passé ?  

 

Sophie : Pour le canon du Nouveau Testament (27 livres), il s’est constitué peu à peu par voie de consensus, au travers des usages liturgiques des Églises. Y apparaissent quatre genres littéraires : les évangiles, les épîtres, les Actes et l’Apocalypse. Trois facteurs ont été déterminants dans la constitution du canon du Nouveau Testament : les textes devaient avoir été rédigés à l’époque apostolique (soit avant le IIe siècle), ils devaient transmettre de manière conforme le message central de la foi chrétienne, et être reconnus par les églises locales. On peut dire que les listes canoniques ont été vraiment finalisées aux environs du IVe siècle.   

 

Sybille : Est-ce que tout ce processus est bien compatible avec l’inspiration de l’Esprit Saint ?  

 

Sophie : Oui bien sûr ! L’inspiration est une notion analogique employée pour signifier, à partir du modèle prophétique, la provenance divine des Écritures. L’épître à Timothée introduit la notion d’inspiration (2Tm 3,16) en indiquant que toute Écriture est inspirée de Dieu et que « c‘est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu ». L’inspiration fonde le canon et les textes sont lus parce qu’appartenant au canon. Mais l’inspiration n’est pas seulement du côté de l’origine, que ce soit l’auteur ou du livre : les livres bibliques sont encore inspirés parce qu’inspirants pour leurs auditeurs ou leurs lecteurs. C’est le même Esprit saint qui agit à toutes les étapes, au cœur des hagiographes, dans les gestes de transmission, de relecture, de traduction et d’explication, et, enfin, dans l’acte ultime où ce texte devient Écriture sainte pour la personne et pour la communauté qui l’inscrit dans sa propre vie.  

 

Sybille : Ah oui, l’inspiration ce n’est pas exactement comme sur les tableaux ou un ange souffle à l’oreille de l’auteur…  

 

Sophie : Non effectivement, c’est plus progressif mais la provenance divine n’en est pas moins réelle. La bible est donc une bibliothèque mais de livre en livre Dieu s’y révèle et la bible dévoile progressivement le dessein de Dieu porté à son achèvement en Jésus-Christ, depuis la Genèse qui dit la bonté de la création sortie des mains de Dieu à l’Apocalypse qui annonce la nouvelle création, qui jamais ne passera !

 

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